| Kinésithérapie | |
Présentation :Il et proposé dans cet article une réflexion pour que progresse le débat sur le partage des compétences imposé depuis des décennies par nos politiques. L’enjeu est primordial, il en va de la socialisation du patient mais qui en parle ? Qui s’en préoccupe ? Peut-on être un interlocuteur unique face à la complexité des pathologies liées au travail ? Jean-Pierre ZANA nous propose ses réflexions à la lumière de son expérience professionnelle de kinésithérapeute, d’enseignant et d’ergonome. En juin dernier, dans le numéro 96 de FMT Mag, le compte rendu et une première réflexion sur la kinésithérapie et la prévention (à télécharger sur le site de FMT Mag : www.fmtmag.fr rubrique dossier) donnait quelques pistes à explorer. La course à de nouveaux débouchés pour notre profession engagée par les représentants de notre profession, les articles dans certaines revues trop accrocheurs pour être sérieux, m’incitent à aller un peu plus loin. Concernant la prévention, l’accompagnement de nos patients dans les chemins difficiles de la re-socialisation, après un accident du travail ou une pathologie qui les a exclus du travail, ne doivent pas apparaitre pas comme une partie de notre pratique qui se résume en un coup de fil au médecin du travail ou une visite dans l’entreprise du dit patient. La kinésithérapie et l’ergothérapie en permettant à leurs patients de récupérer leurs fonctions perdues favorisent la reprise d’une vie normale ou paranormale mais permettent-elles pour les actifs de reprendre leur activité professionnelle ? À quelles conditions ou quelles adaptations ? • Quelle est la place dans les projets thérapeutiques enseignés du retour au travail ? Pourtant de nombreux centres de rééducation ont équipé leurs plateaux techniques de matériels permettant de reproduire certaines situations de travail mais, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, médecins et patients conçoivent-ils ensemble un projet thérapeutique centré sur la reprise de l’activité professionnelle ? J’ai la chance de suivre chaque année les étudiants de 3e année préparant leurs dossiers de fin d’étude ; pourquoi font-ils si peu état de leurs relations avec les ergothérapeutes ? Pourquoi ont-ils autant de difficultés à projeter leur patient dans son futur social ? La question de la vie quotidienne est parfois développée le futur professionnel le plus souvent énigmatique. Ils évitent le plus souvent d’engager leur problématique sur ces questions fondamentales. Et, quand on leur pose la question du devenir de leur patient il se résume (de façon un peu caricatural) : «il va mieux, il est rentré chez lui» ou «il poursuit sa rééducation en ville les résultats sont apparus insuffisant». Pourtant dans les conclusions, leur traitement a été efficace, le patient a retrouvé les fonctionnalités perdues mais il manque quelques degrés d’amplitude articulaire dans une articulation ou un peu de stabilité d’un membre inférieur ou pire ils ne savent pas pourquoi le patient poursuit sa rééducation. Ces deux professions doivent travailler ensemble, beaucoup de centres le font déjà mais sur quelles bases ? Les formations initiales n’évoquent aucune complémentarité, les formations continues encore moins. Les décrets de compétences des deux professions ne facilitent pas la tâche non plus. Les ergothérapeutes par leur décret de compétence (article 1er) peuvent contribuer aux traitements des déficiences, des dysfonctionnements, des incapacités ou des handicaps de nature somatique, psychique ou intellectuelle, en vue de solliciter, en situation d’activité et de travail, les fonctions déficitaires et les capacités résiduelles d’adaptation fonctionnelle et relationnelle des personnes traitées, pour leur permettre de maintenir, de récupérer ou d’acquérir une autonomie individuelle, sociale ou professionnelle. Les ergothérapeutes peuvent pratiquer leur art le cas échéant, au domicile des patients, sur prescription médicale. Les actes sont : 1° Des bilans ostéo-articulaires, neurologiques, musculaires, trophiques, fonctionnels, d’autonomie ou d’évaluation des difficultés relationnelles 2° La mise en condition articulaire et musculaire ou la facilitation d’une fonction, à l’exclusion des actes mentionnés à l’article L 487 du code de la santé publique, permettant d’accomplir actes définis au 3° 3° Par l’organisation d’activités d’artisanat, de jeu, d’expression, de la vie quotidienne, de loisirs ou de travail - La transformation d’un mouvement en geste fonctionnel Pour rappel (article 1er du décret de compétence MK), la masso-kinésithérapie consiste en des actes réalisés de façon manuelle ou instrumentale, notamment à des fins de rééducation, qui ont pour but de prévenir l’altération des capacités fonctionnelles, de concourir à leur maintien et, lorsqu’elles sont altérées, de les rétablir ou d’y suppléer. Ils sont adaptés à l’évolution des sciences et des techniques. Selon les secteurs d’activité, précise l’article 13, où il exerce et les besoins rencontrés, le masseur-kinésithérapeute participe à différentes actions d’éducation, de prévention, de dépistage, de formation et d’encadrement. Ces actions concernent en particulier : a) La formation initiale et continue des masseurs-kinésithérapeutes ; b) La contribution à la formation d’autres professionnels ; c) La collaboration, en particulier avec les autres membres des professions sanitaires et sociales, permettant de réaliser des interventions coordonnées, notamment en matière de prévention ; d) Le développement de la recherche en rapport avec la masso-kinésithérapie ; e) La pratique de la gymnastique hygiénique, d’entretien ou préventive. Le législateur arrivera-t-il à harmoniser les actions thérapeutiques de ces professionnels non contestables dans leurs actes mais dont la pluridisciplinarité reste encore à construire ? Certains écrits semblent assurer que le décret de compétence indique que le kinésithérapeute est habilité à participer à la réalisation de bilans ergonomiques et à participer à la recherche ergonomique (Article 12). Ils renforcent leur propos par les 30 heures d’ergonomie dispensées dans les IFMK. Cela rend-t-il pour autant les kinésithérapeutes ergonomes ? « L’ergonomie est l’ensemble des connaissances scientifiques relatives à l’homme, et nécessaires pour concevoir des outils, des machines, et des dispositifs qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité. A. WISNER Il semble à ce stade de faire quelques rappels fondamentaux. Le mot « ergonomie » vient du grec ergon (travail) et nomos (lois, règles). L’ergonomie peut donc être définie comme la science du travail ayant pour objet l’adaptation du travail à l’homme (amélioration des conditions de travail). Avoir comme objectif une meilleure adaptation du travail à l’homme implique (dans la mesure du possible) de considérer tous les aspects du travail : physiologiques, psychologiques, facteurs sociaux, facteurs objectifs et subjectifs. Une meilleure adaptation du travail à l’homme aura pour résultat la satisfaction des opérateurs, leur confort, leur santé mais aussi l’efficacité de leurs conduites opératoires. Ne perçoit-on pas déjà l’écart entre les articles 12 et 13, les contenus de la formation initiale et cette définition complétée par l’encadré rappelant la définition de Wisner ? L’ergonomie s’intéresse schématiquement à deux grands types de problématiques - problématique de l’adaptation de l’outil aux caractéristiques physiologiques et morphologiques de l’être humain ou d’une certaine population, c’est l’ergonomie physique ; Ainsi dire qu’un outil est « ergonomique » ne veut rien dire en soi : un outil est ergonomique pour une personne donnée ayant un objectif donné. L’ergonomie doit être un outil pour le kinésithérapeute et l’ergothérapeute afin d’intégrer, dans leur projet thérapeutique, une dynamique de retour au travail. La connaissance du métier de leur patient, de son activité, de pouvoir visualiser la complexité de certains de ses gestes professionnels, de l’organisation de son travail, de l’aménagement de son poste de travail sont le minimum nécessaire à l’adaptation de leur traitement pour favoriser son retour au travail, sa re-socialisation. Certains kinés et certains ergothérapeutes ont franchi le pas et se sont formés en ergonomie. Ils allient très bien leurs doubles compétences. Faut-il que tous les professionnels de ces deux métiers en fassent autant ? La formation initiale en kinésithérapie a parfaitement intégrer la dimension ergonomique lorsque le lien est fait avec la rééducation des pathologies qui peuvent influencer l’efficacité professionnelle. Le vernis que les étudiants reçoivent semble suffisant. L’enseignement de l’ergonomie semble absent de la formation initiale en ergothérapie. Ce qui semble faire le plus défaut à ces deux professions c’est la question de l’influence du travail dans la genèse, le maintien et l’aggravation des pathologies à laquelle ces professionnels sont confrontés quotidiennement. Un vaste chantier qu’il faudra bien ouvrir si l’on veut rendre plus visible encore l’efficacité de nos pratiques. ** |
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FMT MAG 98mars/avril/mai 2011 Magazine trimestriel gratuit d'information diffusé à 38 000 exemplaires La source de votre inspiration Kinésithérapie - Paramédical Forme et Bien-être |
