Protocole de rééducation de lepicondylagie tendineuse

  • Protocole de rééducation de l’épicondylalgie tendineuse

    #Rééducation

    Cet article est un extrait d’un texte publié dans le traité EMC de Kinésithérapie-Médecine physique-réadaptation. Il aborde un protocole précis de prise en charge de l’épicondylite.

    Résumé :

    Nous traitons le geste, nous le corrigeons et nous le réintégrons dans des schémas moteurs respectant la biomécanique spécifique de ce membre en distraction et accroché au rachis par une ceinture scapulaire, souvent peu tonique ou déstabilisée. Nous améliorons le niveau d’évolution moteur pour une utilisation optimale de la force à la main. Le protocole propose également au patient de provoquer et d’accompagner une cicatrisation dirigée, ainsi qu’un renforcement musculaire excentrique sur les épicondyliens. Le critère primordial d’amélioration est la fonction qui progresse nettement à partir de la quatrième semaine. Le patient possède, en fin de protocole, une capacité résistive supérieure grâce au protocole de Stanish et automatise la correction de son geste. Une douleur plus intense est entretenue par des automassages transverses profonds et les autopoints périostés sur une période de 8 à 10 semaines. Il s’agit d’un « harcèlement » de la zone myotendineuse nécessaire et d’une étape incontournable. Avec une participation indispensable d’un patient éclairé, le coude sera oublié 3 mois après le début de la prise en charge. La reprise du travail est envisageable (si l’arrêt a été nécessaire), sans récidive de l’épicondylalgie tendineuse si le protocole a été correctement suivi. Ce protocole doit être connu par les services de médecine du travail afin d’avoir les moyens d’agir sur les gestes professionnels délétères et intégrer une démarche de prévention pluridisciplinaire
    .

    Présentation



    Les principes du traitement résident en :

    • la correction du geste : le coude doit être impérativement resitué dans la chaîne mécanique du membre supérieur dont le socle est l’unité colonne vertébrale/scapula ;
    • le « harcèlement » du coude pour désensibiliser et irriter cette lésion mécanique complètement atone, afin de relancer une cicatrisation inflammatoire ;
    • le modelage du cal tendineux, en améliorant la capacité résistive par un protocole de renforcement musculaire excentrique ;
    • la remise en charge progressive et de plus en plus fonctionnelle, favorisant l’utilisation de chaîne musculaire plus adéquate en prenant en compte la position de la racine du membre ;
    • une antalgie adaptée : l’électrothérapie et une contention légère qui améliore le rendement des muscles épicondyliens.

    Correction du geste [1]



    Il existe une logique gestuelle de force au niveau du membre supérieur, basée sur le bon sens. On prend un problème « à bras le corps », on tombe sur quelqu’un « à bras raccourcis », on accueille « à bras ouverts », on porte « à bout de bras » (pour montrer le caractère difficile et coûteux).

    La force est associée à une notion d’épaule/coude dans des amplitudes propices. On peut remarquer que l’évolution naturelle de beaucoup de tendinopathies de l’épaule et du coude se fait vers un enraidissement dans ces amplitudes (capsulite rétractile, flexum du coude) comme si, pour vaincre l’arc douloureux, les systèmes de contrôle de la douleur verrouillaient les amplitudes pour permettre une fonction dans des secteurs non douloureux.

    La non-utilisation du membre pour soulager la douleur n’est pas une solution. Les muscles extenseurs non utilisés perdent leurs capacités musculaires, affaiblissant encore davantage le système. Ce cercle vicieux, persistance de gestes non conformes, perte de force, déstabilisation du membre supérieur, augmentation des douleurs, conduit à une rétraction dans des amplitudes moins dangereuses.

    Le geste doit être logique dans sa fonction et dans son intensité, cela afin de respecter la biomécanique du membre supérieur et la capacité du tendon pendant sa réparation.

    Le membre supérieur a besoin d’un point fixe pour fonctionner en chaîne ouverte et, de surcroît, sur un mode excentrique. La ceinture scapulaire permet d’associer les forces irradiant de tout le rachis et du gril costal pour stabiliser le membre supérieur, tout en lui laissant un maximum de mobilité. Symétriquement positionnées par rapport à l’axe vertébral et réunies par un système musculaire puissant, les scapula répartissent, ainsi, une partie des efforts subis sur le côté controlatéral. Les scapula sont des os sésamoïdes qui stabilisent le rachis et ancrent les membres supérieurs. Cependant, pour que cette ceinture scapulaire soit efficace, il faut une bonne position rachidienne, parfois incompatible avec une position de travail peu adaptée et, de toute façon, trop longtemps maintenue. La grande cyphose des fins de journées déverrouille les scapula et transfère le point fixe au coude. De même que la stabilisation, le déverrouillage est symétrique, ce qui explique le grand nombre d’épicondylalgies bilatérales (hormis les cas purement traumatiques ou cas exceptionnels de travail unilatéral vrai).

    Les manutentions doivent se réaliser le plus souvent possible à deux mains, bras au corps, coudes en flexion, paumes regardant légèrement vers le ciel.

    L’adaptation du poste de travail, le travail foncier de positionnement des épaules, l’entretien musculaire de tous les muscles acteurs du membre supérieur, la surveillance et l’éradication des mauvais gestes font partie du traitement et de la prévention des récidives. Ces gestes doivent être réalisés de façon pluriquotidienne, associés au travail ou à l’activité ludique et sportive. Il s’agit d’une véritable reprogrammation du geste. On y associe des exercices d’étirement pour entrecouper les phases de travail.

    Il faut donc, dans notre prise en charge (exercices musculaires excentriques et étirements) et dans la remise en charge, travailler en sollicitant et en surveillant la stabilisation des scapula et la statique rachidienne dans le respect des courbures. Il faut également proposer des étirements en bonne position afin de se replacer correctement et entrecouper les heures de travail en fin de journée.

    Les patients se caractérisent par une posture interdisant le travail et le relâchement. Une reprogrammation posturale est donc aussi à enseigner pour accéder au relâchement et au repos.

    Techniques kinésithérapiques



    Le traitement fait appel à différents moyens de masso-kinésithérapie, mais il n’est possible que si le patient coopère et s’autorééduque. En effet, la douleur et la gêne fonctionnelle qui ont amené le patient à consulter sont majorées pendant les 6 à 8 semaines de traitement par les massages transverses profonds. Les moyens du traitement masso-kinésithérapique sont :
    • le massage transverse profond ;
    • l’automassage transverse profond ;
    • un protocole d’exercices ;
    • des étirements ;
    • de la physiothérapie antalgique ;
    • le port d’un Condylex®.

    Massage transverse profond

    Avant toute manœuvre, il est important de bien maîtriser l’anatomie de la loge latérale du coude [2, 3] et d’effectuer un bilan palpatoire de cette zone. Le repérage des différents tendons, la souplesse des corps musculaires, les adhérences sous-cutanées, etc., sont autant d’inions à croiser avec les réponses du patient à l’interrogatoire. Il est également nécessaire de délimiter la zone de massage et de repérer le tunnel radial. Ce massage type Cyriax est primordial pour passer d’une lésion atone à une lésion vascularisée et capable de relancer un cycle cicatriciel inflammatoire.

    On commence le massage transverse profond sur les points douloureux trouvés lors des bilans clinique et palpatoire, en empaumant l’avant-bras en pronation, le coude semi-fléchi. Superficiel au début, il anesthésie localement et permet progressivement d’intéresser des plans de plus en plus profonds à mesure que la douleur l’autorise.

    Le massage dure une vingtaine de minutes, dont près de 15 pour les massages transverses.

    Après quelques semaines, le point périosté permet d’intensifier ce massage sur la zone d’enthèse. Cette technique, décrite par Vogler [4, 5], est primordiale pour régler la douleur résiduelle punctiforme. Elle consiste en une pression forte exercée par l’interphalangienne proximale pendant quelques minutes. La douleur déclenchée devient progressivement supportable et, en quelques séances, la douleur résiduelle disparaît.


    Automassage transverse profond

    Le patient est éduqué à l’automassage lors de la première séance. Avec la main controlatérale empaumant l’avant-bras en pronation, l’index et le majeur se trouvent sur la zone à explorer, ou en posant le coude dans la paume de la main controlatérale, le bord radial du pouce est en regard des points douloureux. Seuls les plus douloureux à la palpation sont massés.

    Il est important, lors des séances suivantes, de contrôler la technique d’automassages, leur fréquence et leur durée. Le patient doit se masser quatre à cinq fois par jour pendant 7 à 8 minutes, soit 5 minutes toutes les 2 heures. Avant et après le massage, on demande au patient de se tester en contraction contre résistance et en étirement afin d’évaluer la douleur. Depuis la première séance de rééducation jusqu’à l’accord du médecin, le patient doit « harceler » son coude.

    Afin d’augmenter encore l’intensité de l’automassage, ou lorsque la main controlatérale n’est plus capable d’effectuer la pression lors du massage avec assez de force, nous demandons au patient d’effectuer des autopoints périostés.

    Ainsi, le patient, debout, latéralement par rapport à un mur lisse, cherche l’appui le plus douloureux sur son épicondyle ; stabilisant son appui, le patient majore alors la pression par transfert de son poids (encadré 1).


    Encadré 1

    Massage et automassage

    Participation du patient :

    • suffisamment d’automassages : 5 minutes toutes les 2 heures ;
    • au bon endroit (attention au tunnel radial) ;
    • automassage maintenu malgré l’amélioration fonctionnelle avec passage à l’autopoint périosté.

    Aides pour tenir l’automassage :

    • masser progressivement de plus en plus en profondeur, à mesure que la douleur le permet. La technique est identique pour les points périostés ;
    • tester les épicondyliens par une contraction contre résistance et un étirement avant et après le massage, et/ou les points périostés, afin de valider le mieux-être et la meilleure fonction après les techniques d'irritation;
    • les massages réguliers permettent d’augmenter le seuil de la douleur et donc de mieux supporter le massage. Un massage discontinu est beaucoup plus douloureux.


    Protocole d’exercices

    Stanish a montré qu’il fallait rééduquer les tendons dans le sens du mécanisme lésionnel, en augmentant progressivement leur résistance au « stress », ce qu’il appelle la capacité résistive [6].

    Cette capacité résistive est la capacité qu’a le tendon de transmettre la force développée ou contrôlée par le muscle au segment osseux. Dans ce cas, les contractions musculaires sont excentriques et spécifiques au mécanisme lésionnel. Mais nous devons solliciter le tendon dans les différentes qualités musculaires possibles (vitesse, force, endurance, etc.), et cela en l’adaptant au mieux aux besoins du patient.

    De plus, Stanish a montré qu’un travail de renforcement musculaire bien conduit en excentrique permettait de couvrir les mises en situation ultérieures, qu’elles soient concentriques, isométriques ou excentriques, alors qu’un simple travail en concentrique ne prépare qu’aux besoins concentriques. Il permet également d’améliorer la proprioception et donc la conduite du geste [7].

    Il s’agit donc de proposer à nos patients un renforcement musculaire excentrique.

    Stanish préconise des séries de 15 exercices. Effectués avec la charge optimale, le patient réalise ses 10 premiers mouvements sans difficulté et décrit une douleur pour les cinq derniers. Trois séries de 15 mouvements sont réalisées. Ces exercices sont d’abord effectués à vitesse lente et constante. Si le patient ne décrit pas de douleur après les exercices, la masse n’est pas assez élevée ou la vitesse est trop lente. À noter que Stanish, pour ses sportifs, proposait un protocole dans lequel la vitesse variait avant la charge. Quant à nous, nous préférons faire progresser la charge avant la vitesse. En effet, nous rencontrons des patients confrontés à une capacité résistive dépassée par la charge et par l’endurance. Lorsque la masse est suffisante pour le patient et pour son activité, nous travaillons en augmentant la vitesse ou, plus précisément, en accélération (encadré 2).


    Encadré 2

    Renforcement musculaire excentrique


    À propos du renforcement :

    • 72 heures sont indispensables entre 2 séances ;
    • les remontés passives sont le temps de récupération musculaire pendant le renforcement ;
    • attention aux mouvements freinés en rotation médiale d’épaule, parasites du frein de pronation dans un mouvement mal contrôlé ;
    • être au plus proche des besoins du patient en poids, diamètre de manche, etc., l’utilisation de bouteille avec inertie de l’eau, du sable, de billes d’acier, etc.

    Position lors du renforcement :

    • attention à l’appui du coude, ne pas irriter le nerf ulnaire ;
    • elle doit déjà être une mise en pratique de la position corrigée ;
    • la proprioception lors de ce renforcement a des effets antalgiques, ce renforcement demande de la concentration de la part du patient.

    Stabilisation du socle dorso-scapulaire :

    • pas en quadrupédie ;
    • en adduction des scapula et flexion des coudes

    Travail en frein de pronation

    Le patient est installé coude sur la table, le poignet en rectitude, le manche d’une massue potentiellement chargée dans la main. Il contrôle la descente de la massue en pronation, le retour est passif. La réalisation de trois séries de 15 exercices est demandée.

    Travail en frein de flexion de poignet

    Le patient a l’avant-bras en pronation sur la table, la main dans le vide, tenant la massue lestée du côté radial.

    Il positionne passivement son poignet en extension, puis il contrôle activement la flexion. Le patient réalise trois séries de 15 exercices.


    Étirements


    Ils sont au tendon ce que la brosse à dents est à l’hygiène dentaire, dans une société de plus en plus sédentaire, où le temps de travail diminue mais où les tâches se densifient de plus en plus. On observe un véritable enfermement de l’homme dans un carcan gestuel. Les chiffres impressionnants des pathologies professionnelles (troubles musculo-squelettiques [TMS], pathologies des tissus abarticulaires listées dans le tableau de reconnaissance des maladies professionnelles du Régime général, tableau 57), les problématiques des patients concernant les pathologies tendineuses montrent qu’à ce jour, peu de solutions radicales ont été apportées. Dans une vie où l’espace gestuel est de moins en moins utilisé, les étirements réalisés régulièrement gardent une place de choix peu employée pour pallier la sédentarité et ses dégâts. Ils sont indispensables pour le soin d’une épicondylalgie. Les étirements sont le premier palier de formatage de la cicatrice tendineuse. Ils améliorent la viscoélasticité tissulaire et proposent des contraintes en tensions progressives. Ces étirements doivent être appris et réalisés pluriquotidiennement afin de rompre la monotonie du geste, de réarmer les chaînes musculo-tendineuses, de sortir du carcan gestuel.

    Ces étirements doivent être infradouloureux, lents, doux, en respectant un temps de repos au moins égal au temps de travail.
    Ils doivent se faire en conscience et en détente. Le respect de la biomécanique doit associer les agonistes et les antagonistes, indissociables du traitement et de la prévention.

    Nous proposons des exercices analytiques, comme un exercice concentrique proche d’une diagonale de Kabat, avec une mise en étirement des épicondyliens. La position de départ est le poing fermé, les premières phalanges sur la clavicule homolatérale, le coude fléchi, le bras en abduction à 60°.
    L’exercice se divise en deux temps :

    • une extension du coude incomplète jusqu’à -30°, poignet maintenu en flexion, le poing serré ;
    • une extension de poignet, le coude stabilisé à -30° d’extension, le poing fermé.

    D’une position de départ étirée des épicondyliens, on obtient, par un travail concentrique de ceux-ci, un étirement des antagonistes, qu’il est important de solliciter aussi. Ce travail concentrique permet également un pompage circulatoire en vue d’une meilleure récupération après les exercices excentriques. Le patient effectue huit mouvements.

    Nous associons un deuxième exercice d’étirement. Le patient, les bras le long du corps, effectue une rotation médiale maximale des épaules, fléchit ses poignets, les poings fermés, puis il descend les moignons des épaules. L’exercice est réalisé huit fois. Il est également possible de proposer un exercice d’extension de coude, poings serrés l’un contre l’autre.

    Les étirements sont poursuivis régulièrement à domicile. Il est possible de préparer et de terminer l’automassage par des étirements et une contraction contre résistance. Le patient apprécie ainsi l’antalgie après l’automassage transverse, ainsi que l’amélioration de ses possibilités.

    D’autres exercices sont plus adaptés à certains gestes plus complexes, ou à d’autres chaînes musculaires. Il est possible de choisir et d’adapter les étirements proposés en fonction du travail effectué.

    Agents physiques antalgiques



    Notre choix s’est porté vers un courant de basse fréquence 3 Hz, généré par neurostimulation électrique transcutanée (TENS).

    Les électrodes sont placées longitudinalement. L’une est située sur l’enthèse, l’autre sur le corps musculaire. L’intensité est réglée pour que des contractions brèves itératives soient visibles. Nous avons ainsi un réglage objectif et reproductible d’une séance à l’autre.

    Port d’un Condylex®


    Le port d’une orthèse de suppléance est reconnu depuis longtemps [8].

    Dès le début du traitement, le port d’un brassard antébrachial de type Condylex® est conseillé au patient pour toutes les activités nocives. Il doit être absolument accompagné d’une correction du geste :

    • il va, en créant une enveloppe inextensible au tiers supérieur de l’avant-bras, donner davantage de force aux épicondyliens : c’est l’effet loge ;
    • le Condylex® va dérouter le long extenseur radial du carpe, lui procurant une véritable poulie. Ainsi, il a une force démultipliée par l’effet palan, en induisant un déroutage et une angulation sur l’axe musculaire. Il permet également une suppléance du court extenseur radial du carpe par le long extenseur radial du carpe qui passe dans le réa de la poulie formée par le Condylex® ;
    • il contrôle l’augmentation de volume des muscles épicondyliens, interdisant la contraction musculaire maximale douloureuse. Il y a un bridage de l’intensité de contraction ;
    • enfin, on peut compter sur un effet capodastre qui limite ou modifie les vibrations subies par l’insertion tendineuse.

    Ce bridage protège ces muscles convalescents, l’effet loge et l’effet réa permettent d’améliorer leur rendement : la fonction est préservée et la cicatrisation est protégée, même dans les activités nocives.

    Cependant, le Condylex® n’est pas un bracelet de force, et il faut savoir bien le poser pour qu’il puisse jouer tous ses rôles. Le patient ne doit pas le sentir lors d’une flexion passive de coude. Il ne doit pas limiter cette flexion avant 90°. Lors d’une contraction musculaire de type serrage de main, le patient doit remplir son orthèse et venir s’appuyer à l’intérieur, au niveau de son corps musculaire des épicondyliens. Avec une activité soutenue de quelques heures, il est nécessaire de desserrer le Condylex® afin que son fonctionnement reste optimal et sans gêne.


    Mise en œuvre de ces techniques


    On peut diviser le traitement en trois phases selon la localisation de la douleur :

    • une douleur large sur la jonction myotendineuse : phase 1 ;
    • une douleur punctiforme sur l’insertion : phase 2 ;
    • une normalisation de la fonction et l’oubli du coude : phase 3.

    Quelle que soit la phase, le patient doit s’autorééduquer, c’est-à-dire corriger son geste, s’étirer, s’automasser et porter le Condylex®.

    Première phase


    Il s’agit d’une phase primordiale de mise en place du protocole. Il faut l’expliquer, le faire accepter, et, surtout, débuter l’apprentissage de l’automassage et bien contrôler les exercices. Cette première phase se déroule comme suit :

    • la séance débute par le massage, avec le contrôle de l’automassage ;
    • les exercices se déroulent à vitesse lente, en choisissant un poids adapté au gabarit et au type de mécanisme lésionnel ;
    • les étirements ;
    • l’électrothérapie antalgique.


    L’interrogatoire permet de préciser l’intensité de la douleur et sa localisation lors des gestes gênants de la vie courante ou professionnelle. Ces gestes sont re-testés au fur et à mesure de l’avancement du protocole. Une gêne moindre valide le passage en phase 2 du protocole.

    Deuxième phase


    Cette phase arrive progressivement à partir de la quatrième semaine. La douleur, jusque-là diffuse et mobile, se concentre sur l’insertion des épicondyliens. La gêne fonctionnelle est moindre, mais, lors des sollicitations importantes, le patient se plaint encore. Cette phase comprend :

    • le massage transverse profond, qui est suppléé par les points périostés ;
    • les exercices, qui suivent le même protocole : la charge augmente et la vitesse en début de phase reste lente. Progressivement, elle s’accentue en laissant prendre de l’inertie à la massue en début de mouvement. Ainsi, nous nous rapprochons de la notion de travail en « stress » selon Stanish, et atteignons alors le travail en capacité résistive ;
    • les étirements ;
    • l’électrothérapie antalgique.

    Troisième phase


    À l’arrêt du massage transverse, la douleur iatrogène régresse spontanément en quelques jours puisqu’elle n’est plus entretenue.

    Lors du troisième mois, le patient ne ressent des douleurs qu’en situation d’utilisation extrême, voire aberrante, du membre supérieur. Ces douleurs sont ponctuelles, sans répercussion sur l’évolution. Elles permettent d’inventorier les gestes et les situations professionnels, domestiques ou sportifs à revoir. Ces douleurs correspondent plus à « une courbature » en sortie de convalescence et vont disparaître 4 à 6 semaines après l’arrêt du massage afin de laisser place à un coude « oublié ».

    Conclusions et conditions de réussite du protocole


    Le premier contact avec le patient est primordial. L’épicondylalgie est souvent ancienne. Aucune solution thérapeutique durable ne lui a été proposée. Un arrêt de travail long ou un nouvel arrêt de travail déstabilisent sa place dans une équipe ou au sein de son entreprise. À nous de lui donner l’envie de se soigner par ce protocole long et douloureux.

    Le traitement n’est envisageable que si :
    • le patient est motivé et accepte le « contrat », c’est-à-dire se masser régulièrement afin d’atteindre une quantité suffisante de massage : le « harcèlement » du coude ;
    • le patient qui vient nous voir avec sa douleur initiale chronique a, en plus, une douleur iatrogène qui est un bon signe d’efficacité de traitement. Elle ne doit pas être calmée par des médicaments anti-inflammatoires qui « décapiteraient » la réaction voulue. Lorsque nous arrêtons le protocole, cette douleur iatrogène s’estompe en quelques jours et la douleur initiale a disparu.

    Le traitement dure en moyenne 10 semaines, avec deux séances hebdomadaires pendant la phase 1 et une séance pendant la phase 2. Le troisième mois est un mois de remise en charge et d’apprentissage, marqué par des douleurs ponctuelles lors d’exercices aberrants. Ces douleurs vont guider le patient vers un geste corrigé.

    Les cas les moins probants viennent de syndromes intriqués (radiculopathie C7, syndrome canalaire, défilé thoraco-brachial, etc.), ou d’une adhésion et/ou d’une participation insuffisante de la part du patient (encadré 3).

    Encadré 3

    Surveillance et participation du patient

    • Suffisamment d’automassages.
    • Pas d’anti-inflammatoire.
    • Automassage maintenu malgré l’amélioration fonctionnelle.
    • Port du Condylex® dans les situations douloureuses.
    • Revoir l’enseignement thérapeutique.
    • Position de travail et geste technique :
    - stabiliser les membres supérieurs par une bonne position vertébrale et une adduction des scapula ;
    - préférer un travail coude à 30° de flexion en supination.
    • Renforcer le sens kinesthésique du geste et de la posture.
    • Conseils d’hygiène de vie :
    - hydratation et alimentation ;
    - récupération et repos.
    • Prévention pour une fonction durable.
    • Risque de souffrance du nerf radial :
    - soit par un massage mal localisé ;
    - soit par décompensation de l’épicondylalgie tendineuse.
    • Faire le bilan du syndrome canalaire avec l’équipe médicale.


    Lors d’observations sur poste de travail, on remarque que la perte de rythme moteur entraîne une utilisation de préhension en pronation/flexion du poignet (pelleteuse). Ce mauvais axe d’utilisation, plus des manutentions répétitives de charges moyennes, voire légères, en pronation, contraint le court extenseur radial du carpe à une hypersollicitation de son tendon.

    On peut donc penser qu’une épicondylalgie est une maladie du geste (il peut être passionnant d’aligner les contraintes supportées pendant la même cinèse par la coiffe, l’espace sous-acromial, les épicondyliens, la tabatière anatomique et le canal carpien). Le soin local ne doit en aucune façon occulter une réharmonisation gestuelle. Classiquement réalisée en milieu sportif, il nous faut l’exporter en milieu professionnel.

    La prise en charge, la motivation du patient, la recherche de l’élément causal, le partenariat avec les services de médecine du travail ou les entraîneurs sont les clés de voûte du traitement. Considérer la suppression de la douleur comme seul but thérapeutique, au détriment de la biomécanique, est une aberration. Il semble souhaitable que des pathologies provenant du geste intègrent la correction du geste dans leur traitement. À ce jour, beaucoup de moyens sont mis en place afin de prévenir ces problèmes [9]. Nombreux sont ceux qui relèvent du normatif (ergonomie, rotations, pauses, mécanisations, etc.), peu d’entre eux impliquent celui qui travaille. Dans beaucoup d’activités humaines, la participation du corps est finalement sous-estimée. Les épicondylalgies peuvent, tour à tour, apparaître pendant des activités de bricolage (tronçonneuses, taille-haies, peinture), des activités de loisir (tennis, badminton, boules) mais aussi, et surtout, dans des activités professionnelles (montages sur chaînes de production et manipulation de la souris).

    Peut-être serait-il souhaitable d’affiner les connaissances biomécaniques des préventeurs en envoyant sur le terrain ceux qui soignent, afin d’apprendre à ceux qui travaillent que notre corps est le fruit d’une évolution précise. Le corps présente des spécialisations, des capacités très précises et s’en servir en niant ces évidences ne peut qu’entraîner des problématiques (encadré 4).

    Frédéric Degeza
    Masseur-kinésithérapeute,
    Kiné-mains - Angers

    Philippe Pernotb
    Masseur-kinésithérapeute
    Maison médicale des Roches, Villefontaine


    Encadré 4

    Position de travail et geste technique


    Correction du geste :
    • stabiliser les membres supérieurs par une bonne position vertébrale et une adduction des scapula ;
    • la flexion des genoux comme celle des coudes permet la triple courbure vertébrale et la bonne position de travail ;
    • préférer un travail coude à 30° de flexion en supination ;
    • renforcer le sens kinesthésique du geste et de la posture.

    Conseils généraux lors de la reprise :
    • sortir du geste imposé, du carcan gestuel lorsque cela est possible ;
    • améliorer l’éclairage, limiter le bruit, les vibrations ;
    • des règles d’économie articulaire (non exhaustives) : stabilité de la posture, utilisation d’un troisième appui, utilisation des membres inférieurs (tirer, balancier, fléchir, surélever un pied, fente avant, etc.), changement régulier de posture, positionnement de face, se rapprocher des zones de préhension.

    Prévention active :
    • « réapprendre à apprendre » d’autres schémas moteurs en loisir ou en professionnel afin de se créer une « culture physique » dynamique et facilement recrutable ;
    • faire l’opposé de l’habitude ou de l’activité professionnelle (travail en amplitude et rythme différents, etc.) pour éviter l’hyperspécialisation qui fragilise.

    Points à retenir

    Plus que le traitement local de l’une des tendinoses du plan postérieur presque physiologiques, il s’agit d’une prise en charge globale du patient.

    Le patient organise progressivement un dérèglement complet de son geste et de son contrôle postural, par utilisation souvent pauvre des mêmes schémas moteurs, parfois eux-mêmes toxiques.

    La correction et l’enseignement du geste, ainsi que sa proprioception évitent la contagion de d’autres sites.
    La réassociation du geste et de la satisfaction, par différentes activités physiques complémentaires, permettra de redynamiser le plan dorsal et de prévenir les syndromes d’évitement et de déconditionnement.


    Références

    1. Gendrier M. L’ergo-motricité. Grenoble : Presse Universitaire de Grenoble, 1996:153-61.
    2. Poirier P, Charpy A. Traité d’anatomie humaine. Paris : Masson, 1901.
    3. Rouvière H. Anatomie humaine. Paris : Masson, 2002.
    4. Laval Y. Le périoste. Kinésithér Scient 1989;281:5-10.
    5. Mougeolle G. Traitement du périoste selon le Pr Vogler. Kinésithér Scient 1996;360:14-22.
    6. Stanish WD, Rubinovich RM, Curwin S. Eccentric exercise in chronic tendinitis Clin Orthop Relat Res 1986;206:65-8.
    7. Middleton P, Puig P, Trouve P. Reprogrammation neuromusculaire ou travail musculaire excentrique. Actualité en rééducation fonctionnelle et réadaptation. Paris : Masson, 1996:306-8.
    8. Chomiki R, Xénard J, Gable C. Épicondylalgies et bracelet épicondylien. Appareillage du membre supérieur : prothèse et orthèse. Paris : Masson, 1989:61-70.
    9. Bourgeois F. Troubles musculo-squelettiques et travail. Paris : Éditions de l’ANACT, 2006.
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